transparence

  • Opération Cumulus : entre Mise au point et Antipresse

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    Deux mois après l’opération « Cumulus », qui est le nom de code (si, si vous avez bien lu…) donnée par certains éléments de la Police Judiciaire à la mascarade dont j’ai été la victime le vendredi 13 décembre 2019, chose qui est très bien illustrée par le dessin de Charly Calfelis, je suis heureux de constater que certains médias commencent à prendre un peu de recul sur cette affaire. Notamment en soulignant la disproportion totale entre la violence de l’action policière et les faits qui me sont reprochés (violation du secret de fonction), lesquels ne reposent sur rien. Jugez plutôt.

    Sur le volet police, on me reproche d’avoir cherché des informations dans une base de données à laquelle je ne me suis jamais connecté (chose que le 20 Minutes relaye ici). De même, j’étais en vacances, sans aucun accès à distance, le jour où je suis censé l’avoir fait. L’accusation ne tient donc pas la route un seul instant. A plus forte raison quand vous lirez ce troublant article de septembre 2018 qui montre que le scénario de cette histoire a été écrit bien en amont. Posez-vous la question à qui profite ce qui s'est passé et, surtout, pourquoi j'ai été traité ainsi à trois mois des élections municipales.

    Sur le volet des notes de frais, on me reproche d’avoir rendu public un rapport constatant les manquements du Conseil administratif et les abus de certains hauts-fonctionnaires. Ici, le délit est impossible vu que le document a été jugé non-confidentiel par le préposé cantonal à la protection des données. Par ailleurs, quand bien même je l'aurais fait, qui pourrait me reprocher d’avoir voulu rendre public le dilettantisme du Conseil administratif? Comment pourrait-on m'en vouloir d'avoir dit la vérité lorsqu'on reproche leurs mensonges à d'autres? Nous devons au contraire avoir le courage de rendre public les dysfonctionnements plutôt que de vouloir les cacher. Chose que je revendique haut et fort, n’en déplaise à certains qui ont manifestement beaucoup de choses à se reprocher vu leur comportement. Sinon comment comprendre ce qui m'est arrivé? Je n'ai en effet pas le souvenir que les différents magistrats à qui l'on reproche des faits autrement plus graves (acceptation d'avantage, gestion déloyale des intérêts publics, etc), respectivement des policiers (voir ici et ), aient été traité avec la même violence que moi. Et heureusement tant je ne souhaite à personne de vivre ce qui m'est arrivé. Mais ce n'est pas pour autant que je baisserais les bras dans mon combat politique et ma volonté de faire la lumière sur ce qui se passe dans notre Cité.

    Surtout, je relève que mon affaire a été entachée d’un nombre impressionnant de violations partielles et partiales du secret de fonction. Lesquelles ne semblent pas intéresser le Ministère Public vu qu’il n’a ouvert, à ma connaissance, aucune enquête contre ces infractions pourtant poursuivies d’office. Par ailleurs, alors que la presse sort chaque semaine des informations couverte par le secret de fonction, pourquoi un tel acharnement envers moi et pas sur les autres? Le dernier exemple en date étant la parution d’un article du Courrier (voir ici) qui relaye une information interne au Conseil administratif, sa publicité ne peut donc être le fait que d'un membre de l'actuel exécutif. Est-ce que le Ministère Public va ainsi ouvrir une enquête et faire saisir les téléphones des 5 auteurs potentiels ainsi que perquisitionner à leur domicile? Blague à part, pourquoi y a-t-il deux poids, deux mesures? Car c'est bien ce qu'on me reproche d'avoir fait avec le rapport sur les notes de frais excessives de l'administration. Avec une différence majeure cependant, celui-ci n'est pas confidentiel selon l'autorité compétente qu'est le préposé cantonal à la protection des données (voir ).

    Je vous invite ainsi à regarder le reportage de Mise au Point du 9 février 2020 et à lire l’excellente analyse de Slobodan Despot dans l’Antipresse du même jour (voir ici). Deux médias aux antipodes l’un de l’autre mais qui ont pris la peine de juger des faits plutôt que des conjectures. Ceux-ci font suite aux éditoriaux de Giancarlo Mariani du GHI (voir ici) et de Pascal Décaillet (voir ). Respectivement à mon portrait dans le Temps. Et de rappeler qu'en cas d'élection au Conseil administratif, ma première mesure sera de procéder à un audit complet du fonctionnement de la municipalité et de l'usage qui est fait des deniers publics, puis de le rendre public dans la foulée, afin de reconstruire sur des bases saines.

    Le 15 mars 2020, vous aurez l’occasion de montrer que tout ce qui s'est passé est anormal. Ceci en votant pour la liste 2 au Conseil municipal comme au Conseil administratif (voir ici). Je compte sur votre soutien.

    Avec l'accord de son auteur, vous trouverez ci-dessous l'article d'Antipresse sur mon affaire.

    LE BRUIT DU TEMPS par Slobodan Despot

    L’affaire Simon Brandt, un «signal faible» — mais assourdissant!

    Un scandale peut en cacher un autre. On découvre ici comment un espoir de la politique genevoise est devenu un dégât collatéral de la chute de son mentor, Pierre Maudet. Mais la persécution du lanceur d’alerte Simon Brandt par le procureur Jornot est bien plus choquante. Elle nous montre comment nous sommes médiatiquement dressés à voir l’accessoire plutôt que l’essentiel et comment l’intimidation morale l’emporte de plus en plus sur le langage des faits.

    L’«affaire Maudet» a été un feuilleton politique retentissant en Suisse romande. Pour mémoire, l’ambitieux conseiller d’État (ministre cantonal) Pierre Maudet a été pincé la main dans le sac à mentir de façon répétée sur un voyage à Abu Dhabi qui lui avait été offert par le cheikh du lieu. Entraîné dans une spirale de mensonges, l’enfant prodige de la politique suisse s’est retrouvé dans la position du paria encombrant de la société genevoise et en particulier de son parti, le PLR. Même s’il s’accroche à son poste, celui qui fut le plus jeune candidat au Conseil fédéral n’est plus aujourd’hui qu’un astre mort.

    La publication du livre de Philippe Reichen, Pierre Maudet, le vertige du pouvoir, vient raviver l’imbroglio. Elle m’a incité à me replonger dans ce «House of Cards» helvétique et dans les mirages médiatiques qui l’entretiennent.

    Préambule: le mot qu’on ne prononce pas en Suisse

    Le 5 septembre 2018, j’étais invité dans l’émission de débats Infrarouge pour commenter les déboires de Pierre Maudet. Je m’y retrouvais dans le camp des «accusateurs» aux côtés de la présidente du Parti socialiste genevois, Carole Anne Kast, et de Raphaël Leroy, le journaliste par qui le scandale Maudet est arrivé — avec le susnommé Philippe Reichen en appui. En face de nous, des éléphants de la droite bourgeoise, Christian Lüscher, le revenant Guy-Olivier Segond et le très consensuel ex-ministre vaudois Claude Ruey, qui, devant les caméras, ont vigoureusement réfuté mes interventions. En coulisses, le ton était fort différent. Avant de défendre avec ferveur l’honnêteté de son camarade de parti à la suite de ses aveux forcés, Christian Lüscher l’avait déclaré cliniquement mort. Un diagnostic qu’il allait valider lui-même en le lâchant quelque temps plus tard. Ce fut un moment baroque de la fourbe comédie humaine!

    Mon intervention n’allait pas rester sans suites. Le lendemain, j’étais interpellé par un jeune homme alors que je faisais mes courses. «Je vous ai vu hier soir. Vous avez dit un mot qu’on n’ose pas prononcer dans ce pays: corruption!» C’est vrai: j’avais dit qu’en Suisse la corruption était couverte d’un voile de pudeur, car systémique. Il aura fallu élaborer tout un dispositif d’œillères juridiques et d’alibis moraux pour la soustraire à la conscience des citoyens.(1)

    Il m’avait paru naturel de souligner cette réalité dans le contexte de l’affaire Maudet, sans trop m’appesantir dessus. La «lutte contre la corruption», on l’a vu tout au long de l’histoire récente, n’a souvent été qu’un prétexte au flicage et à la répression qui a fait plus de dégâts que le mal qu’elle prétendait combattre. Il n’empêche, mon mot a mal passé. Au retour du studio, dans le train qui nous emmenait vers Lausanne, Claude Ruey, qui fut lobbyiste en chef de SantéSuisse et donc un maître de l’action de coulisses, s’employa à me détailler l’argument qu’il avait brandi durant le débat: que le «surmoi» et l’éthique protestante» des hommes politiques suisses (non catholiques, donc!) étaient un véritable bouclier contre les tentations qui font trébucher le commun des mortels. Pour ma part, tenant la Suisse, sur ce chapitre, pour un pays comme un autre, j’en ai surtout conclu qu’une des meilleures manières d’ignorer un vice consiste à ne point le nommer.(2)

    Le jeune homme n’était pas le dernier client du confessionnal, ce jour-là. Un peu plus tard, je recevais l’appel d’un Genevois à qui je ne me souvenais pas d’avoir donné mon numéro de téléphone. Il me proposa une entrevue pour évoquer entre quatre yeux les affaires «sérieuses» du canton.

    Nous nous sommes rencontrés comme dans un roman de Grisham, au petit matin, dans une cafétéria de l’aéroport. Cet homme d’affaires excédé m’a déroulé une version business de l’air du Catalogue de Dom Juan. Madamina, il catalogo è questo/Della gente che comprò il padron mio… Genève est une plaque tournante mondiale, et pas seulement de la finance. Il trouvait vraiment «minable» de s’en prendre à Maudet pour un week-end à 60 ou 80’000 francs lorsque tel ou tel… La galerie pittoresque de corrupteurs et de corrompus qu’il m’a dépeinte donnerait du blé à moudre pour plusieurs années à une équipe d’enquêteurs.

    C’était gravissime et cocasse en même temps. L’image la plus drôle qui m’en est restée est celle de ce coffre-fort jamais verrouillé, dans une boîte où il avait travaillé, une caverne d’Ali-Baba où les cadres partant en mission dans le «tiers-monde» puisaient au jugé les boîtes de montres de luxe avant de sauter dans l’avion. Le retour sur investissement était, paraît-il, assuré. Rien ne séduit tant que la qualité suisse!

    Il est toujours bon de replacer les choses dans leur contexte. A la réflexion, j’avais été sévère pour Maudet. Son erreur — en tant que politique de vocation et de métier — était une faute professionnelle. Il lui eût peut-être suffi de déclarer la nature et les modalités de son déplacement. Combien d’élus suisses, avant et après lui, sont allés «consolider leurs réseaux» à l’étranger au frais de l’invitant? Et peut-on sérieusement reprocher aux élus de percevoir des avantages susceptibles de contreparties dans un pays où le financement des partis politiques est entièrement confidentiel? Pour un week-end dans le Golfe, combien de promesses — et pour quels montants? — faites aux bétonneurs, chaque année électorale, dans chacun des 26 cantons suisses? (Aucune, bien entendu! Le «surmoi et l’éthique protestante» protègent nos élus!)

    Le moteur caché

    Mais voici que débarque Philippe Reichen, le correspondant de la presse alémanique immergé dans la réserve d’Indiens romande. Reichen ne veut pas assassiner son sujet. Il en trace un portrait minutieux fondé, nous dit-il, sur des dizaines d’entretiens. Nous connaissons même la couleur de son fauteuil d’étudiant et le parfum (cigare et single malt) de ses péchés mignons.

    Sous la plume de l’enquêteur, M le Maudet apparaît comme le héros de cinéma qu’il deviendra peut-être un jour. Toute sa vie n’aura été qu’une préparation à la brillante trajectoire qu’un mensonge mesquin aura suffi à briser. On voit d’ici l’ado tête à claques qui, déjà, joue des coudes pour être le premier partout et se fait, à quatorze ans, appeler «Président». Le jeune Rastignac est «implacable» dans la construction de son pouvoir. Il est intelligent, volontaire, convenable mais point trop embarrassé de scrupules. Il incarne une nouvelle génération de carriéristes politiques qui n’ont plus grand-chose à voir avec les idéaux si helvétiques de service et de bien commun que défendaient leurs prédécesseurs.

    Happé par la lecture du livre, j’avais oublié de noter un détail qui, dans l’arrière-plan, me gênait un peu. Il a fini tout de même par émerger lors de notre entretien avec l’auteur aux Beaux parleurs de la RTS, le 2 février dernier. Comment avait-il monté son enquête? Ce procès-verbal d’audition chez le procureur Bertossa livré quasi verbatim, en p. 131–132, d’où Philippe Reichen le tenait-il? Ce ne pouvait être qu’une fuite venant d’un magistrat ou d’un avocat. «Protection des sources!» me répondit-on alors même que je n’avais rien objecté à cela. Le délit était du côté des informateurs: le journaliste pouvait tout au plus éprouver un cas de conscience, mais il en était loin. Personne, à mon grand étonnement, ne semblait voir «l’éléphant au milieu de la pièce», comme diraient les Anglais: le fait que le secret de l’instruction, dans l’affaire Maudet et ses ramifications, n’existe tout simplement plus. Cela me semblait infiniment plus important, sur le coup, que le sujet de couverture.

    «Opération Cumulus», des méthodes totalitaires près de chez vous

    Lorsque l’illégalité crève les digues et qu’elle se répand partout, elle tient lieu de loi. J’ai repris contact avec Simon Brandt. Entre 2014 et 2018, Brandt a été un adjoint proche de Pierre Maudet avant d’être congédié par le ministre. Depuis, il travaille comme analyste à la Direction stratégique de la Police, où il mène des recherches académiques sur l’évolution de la criminalité, du terrorisme ou de la délinquance dans les communes genevoises. Avec sa silhouette longiligne d’éternel étudiant, sa mémoire sans failles et ses introversions surprenantes, Simon Brandt est un «haut potentiel» type. Humble et discret, il était à ma connaissance, dans les trentenaires de la vie publique suisse, l’un des derniers Mohicans passionnés par la lutte des idées et le bien commun. A ce titre, il comptait redorer le blason de son parti, le PLR, en se portant candidat à l’administration de la ville de Genève lors des élections du printemps qui vient.

    Ceci jusqu’à ce que le procureur Jornot le convoque pour un entretien. Il aurait pu le faire discrètement, par exemple à son poste de travail, dans un immeuble accessoirement truffé de policiers. Mais non. La méthode dit tout des intentions. La police genevoise, quoiqu’en en sous-effectif chronique, aura réussi à mobiliser onze inspecteurs pour arrêter le citoyen Brandt! On a même affecté un nom de code approprié à cette pantalonnade: «Opération Cumulus»!

    Le 13 décembre dernier, à 7h15 du matin, Simon sort de chez sa mère pour se rendre en tant que député à une session du Grand Conseil lorsqu’il est interpellé et emmené au poste de l’Inspection Générale des Services (IGS). Là, il est mis en cellule et menotté avant qu’on l’embarque dans une série de perquisitions: à son bureau, à son domicile, au domicile de sa mère et même chez son ex-compagne. On saisit son téléphone et la totalité du matériel informatique, y compris des appareils qui ne lui appartiennent pas. Son équipement ne lui sera rendu que six semaines plus tard, fin janvier, alors que toute sa documentation politique s’y trouve et qu’il est déjà en campagne.

    Mais il y a pire. De manière répétée, pendant sa détention, on présente à Simon un «deal» à l’américaine: tout se passera mieux s’il livre des informations sur Maudet. Un inspecteur l’humilie en le faisant mettre à nu et en le forçant à faire ses besoins naturels devant lui, et sous les yeux de sa mère. Simon en est encore effaré en me racontant l’épisode:

    «Un inspecteur est devenu très agressif lorsqu’il a trouvé à mon domicile une affiche en faveur de la Loi sur la Police dont les syndicats policiers ont été de virulents opposants. Il m’a traité de menteur en prenant son collègue à témoin et j’ai bien cru que j’allais me faire frapper tellement ils étaient en colère. La haine qu’ils avaient envers Pierre Maudet était palpable car c’est lui qu’ils visaient à travers moi.»

    C’est seulement une fois ramené en cellule, vers 16h30, qu’il comprend, avec l’arrivée de son avocat, la raison de ce déchaînement.

    Ce qu’on lui reproche? D’abord, d’avoir transmis à Pierre Maudet des éléments issus de la base de données de la police — donc une opération de hacking informatique. Ensuite d’avoir rendu public un rapport du Contrôle financier de la Ville de Genève sur les notes de frais excessives du Conseil administratif (exécutif de la mairie) et de certains hauts fonctionnaires.

    Simon Brandt a été libéré après six heures d’audition et de vérification, aux alentours de 22h30. Entre-temps, on a pu constater qu’il ne s’était jamais connecté à la base de données de la police. Le jour où il était censé l’avoir fait, il se trouvait en vacances et sans aucune possibilité d’accès à distance. Toutes les connexions laissent une trace permettant de déterminer la date du login ainsi que les recherches effectuées.

    Il n’a pas pour autant été blanchi de cette accusation. Au contraire, il doit encore subir une audition, probablement destinée selon lui à vérifier ses dires.

    «Ils savent aujourd’hui que je ne l’ai pas fait, me dit-il, et je ne comprends pourquoi cette procédure se poursuit, sinon parce que certains craignent de devoir rendre des comptes. La question doit être posée à l’inspecteur de police concerné qui soit a fait exprès soit a négligé de le faire. Dans les deux cas, son incompétence saute aux yeux, de même que se pose la question de son impartialité.»

    Le Procureur aurait pu faire effectuer ces vérifications élémentaires avant d’envoyer une brigade arrêter un citoyen manifestement inoffensif. L’autre chef d’accusation paraît encore plus absurde. Le rapport qu’on l’accusait d’avoir divulgué était considéré comme public par le préposé genevois à la protection des données. Épinglant le coûteux dysfonctionnement de l’administration, il était d’un intérêt public évident. Et il se trouvait de toute façon entre les mains des journalistes.

    La loyauté, cette tare…

    Brandt persiste. Il estime que la population à le droit de savoir l’usage qui est fait de l’argent public, à plus forte raison quand des magistrats ou des fonctionnaires abusent de celui-ci à des fins privées. Il est convaincu qu’on cherche à le punir pour avoir potentiellement dit la vérité et révélé des malversations, alors que ceux qui les ont commises n’ont pas été inquiétés. Dans sa campagne électorale, il a introduit un thème qui ne doit pas plaire à tout le monde. Il souhaite faire auditer le fonctionnement de la ville dans son ensemble, estimant que «les notes de frais ne sont que la pointe de l’iceberg». Est-ce pour écarter le danger qu’une partie du «deep state» genevois tente de le compromettre aussi spectaculairement? Est-ce pour le punir de sa loyauté irrationnelle envers Pierre Maudet, même après que celui-ci l’eut lâché? Or cette intégrité sans rétribution est peut-être le trait le plus estimable de son caractère.

    «J’ai eu l’impression d’une sorte d’hallali ou tout le monde a voulu participer à un assassinat public. Les plus folles rumeurs ont couru, des articles spécieux ont été écrits et tout le monde voulait aboutir à une conclusion: celle de la culpabilité judiciaire de Pierre Maudet avant l’heure. C’est l’une des raisons qui font que je l’ai soutenu à l’époque tant je ne supportais pas l’injustice qui se déroulait sous mes yeux.»

    Ce n’est de toute évidence pas par intérêt clanique ou personnel que Brandt a agi et réagi, mais par principe. Or au temps de la politique-spectacle, de la politique-people, ce mobile est devenu incompréhensible, pour ne pas dire incongru.

    Voilà en quoi l’«affaire Simon Brandt» est plus poignante, et plus révélatrice, que l’affaire Maudet. M, après tout, peut être vu comme un apparatchik sabordé par son hybris, sa propre folie des grandeurs. Le personnage, intérieurement, apparaît trivial. B, à ce titre, est son contraire. A cause de sa pureté, et non malgré elle, il constitue le bouc émissaire idéal — et un révélateur de la corrosion du système.

    Au premier abord, on est intrigué par la vacuité du dossier qui a motivé l’arrestation spectaculaire de Simon Brandt, et sidéré par la brutalité avec laquelle il a été traité. Puis l’on comprend que ces choses vont de pair. Plus le lanceur d’alerte est irréprochable, et plus il sera criminalisé.

    Cette épreuve aura définitivement fait sortir Simon Brandt de sa peau de jeune binocleux. Commentateur sagace des affaires genevoises, Pascal Décaillet lui a adressé un poignant hommage dans GHI, le 5 février:

    «Un homme qui tient, un homme qui se bat, un homme qui ne capitule pas, mérite non seulement notre respect humain, mais aussi notre admiration politique. Plongé dans une affaire qui rappelle les premières pages du Procès de Kafka, l’homme a traversé la tourmente. Il a tenu.»

    Mais les tribulations de Simon Brandt nous intéressent bien au-delà de son cas personnel.

    Avec le journalisme Pampers, le pouvoir peut dormir tranquille

    Comme dans la saga Maudet, le feuilleton médiatique est constamment alimenté par les fuites judiciaires. Sans elles, ces deux affaires auraient sans doute fait long feu. Les divulgations viennent aussi bien de l’intérieur du PLR, d’où l’on «exfiltre» des documents relevant parfois du secret de fonction, que de la magistrature et de la police. Dans le cas Brandt, les indiscrétions commencent le jour même de son arrestation. Son avocat est informé de son arrestation après les journalistes, lesquels étaient au courant des motifs de celle-ci avant l’intéressé lui-même. Lorsqu’il est relâché, tard le soir, Brandt a la surprise de constater que le contenu de son audition devant la police avait été transmis à la presse en temps réel. Des conséquences? Aucune. Les auteurs de cette violation du secret de fonction et de l’instruction sont pourtant facilement identifiables, vu qu’il n’y avait que trois policiers présents lors de l’interrogatoire. Aucune enquête non plus au sujet de la publication d’un échange de SMS par Le Matin, obtenu par une source, peut être policière, qui aura encore violé son secret de fonction.

    Dans ces affaires genevoises, la violation du secret de fonction et de l’instruction est devenue la règle. Elle est si ordinaire désormais qu’on ne la remarque même plus. Elle alimente, comme en France, un «journalisme Pampers» voué à recueillir les fuites et à présenter comme de l’enquête ce qui est en premier lieu une divulgation d’informations utilisées à des fins de chantage ou de pression.

    Dans un de ses derniers textes, le grand enquêteur Pierre Péan, décédé en 2019, dénonçait cette «alliance de circonstance entre une petite fraction du monde judiciaire et une tête d’épingle du monde médiatique». Il rappelle que l’exploitation des informations ainsi obtenues repose sur la violation de deux lois, la présomption d’innocence et le secret de l’instruction, au nom du droit à l’information.

    En ne poursuivant pas ces fuites qui semblent les arranger, les procureurs laissent ainsi se développer une justice de rue où les journalistes, comme l’a affirmé Philippe Reichen lors de notre entretien radio, s’attribuent une mission de «clarification» réservée à la justice. Par une pente naturelle, l’attention du public est focalisée sur les personnes visées par ces fuites, la présomption d’innocence vole en mille morceaux et — bien entendu — plus personne ne songe à inspecter les mobiles et les mécanismes d’une telle «information». L’accusé reste seul, broyé à la fois par la machine judiciaire et la machine médiatique qu’elle actionne.

    Dans les faits, le journalisme Pampers est devenu un auxiliaire de la dictature des magistrats qui tendent à personnaliser et moraliser toujours plus leurs enquêtes. Dans le cas Simon Brandt, l’action du procureur entrave manifestement le processus démocratique en maintenant une pression injustifiée, et spectaculaire, sur le citoyen-candidat. En ne poursuivant jamais les délits liés aux «fuites» et en déléguant ainsi la «clarification» des affaires aux journalistes, ces magistrats contournent l’État de droit et font de leur mission un outil de pouvoir.

    Les journalistes bénéficiaires de ces indiscrétions auraient pu s’interroger sur les mobiles de leurs informateurs. Ils auraient peut-être pu faire le lien entre le fuitage des sources policières et la mise au pas des syndicats de police genevois par Maudet. Ou se demander si le procureur Jornot, par ailleurs habitué aux débordements, n’aurait pas accumulé des griefs personnels contre Maudet, par exemple lors de sa récusation par la Chambre pénale de recours dans une affaire qu’il co-instruisait avec une procureure qui se trouvait aussi être sa concubine? Et aussi, pourquoi pas, superposer l’agenda des procureurs avec les échéances électorales des partis auxquels ils seraient potentiellement liés? Tout au moins auraient-ils pu dénoncer le traitement dégradant infligé à Simon Brandt lors de son arrestation, se demander s’il est vraiment proportionné à son «crime» et, si tel n’était pas le cas, ce que cet abus signifiait.

    Mais ce seraient là des efforts de pensée et de véritables enquêtes, coûteuses et risquées, du «banal journalisme lent», selon Pierre Péan. Qui constate qu’il est beaucoup plus simple d’«attendre une fuite». Entrer dans la profondeur des événements,voir «dans les choses plus que les choses» est devenu, semble-t-il,un luxe.

    Grâce à cette alliance stratégique entre une certaine presse et la magistrature, on assiste à un effacement progressif des contrepouvoirs internes au système judiciaire. Cette transformation de la justice démocratique en outil de règlement de comptes se déroule sous nos yeux et pourtant nous ne la voyons pas, accaparés que nous sommes par la feuilletonisation des affaires judiciaires et leur focalisation sur des problèmes de personnes. La dérive de la justice genevoise est autrement plus significative que les cafouillages d’un ministre à propos de ses billets d’avion. Mais nous sommes conditionnés à ne plus voir que des phénomènes sans jamais réfléchir aux principes et aux causes. Telle une foule primitive, nous réclamons sans cesse des sorcières à brûler en espérant que cela remettra l’ordre du monde à l’endroit.

    NOTES

    1. Ce sont curieusement les écrivains — les Frisch, Zorn, Dürrenmatt — ou les cinéastes qui ont déchiré le rideau de la «matrice». Un dévoilement qui, cependant, ne s’est pas traduit par des actes concrets. Il est — par exemple — parfaitement admis, aujourd’hui encore, que plus de 90% des parlementaires fédéraux, à peine élus, soient recrutés dans des conseils d’administration pour des raisons qui ne semblent pas toujours liées à leurs compétences professionnelles.
    2. Et, partant, que la charge subversive des prophètes et des poètes tient justement dans leur besoin incongru d’appeler les choses par leur nom!
  • FMAC : un mode de financement à revoir !

    Depuis plusieurs années, chaque débat du Conseil Municipal portant sur un crédit d'investissement voit comporter dans son libellé une retenue de 2% à destination du Fonds Municipal d'Art Contemporain (FMAC). En effet, ledit fonds est alimenté par un prélèvement de 2% sur les crédits d'investissement alloués pour les travaux de construction, de rénovation et de restauration des édifices et des installations sportives propriété de la Ville de Genève, ainsi que des ponts.

    Alors même que nous avons actuellement des problèmes pour financer nos investissements et l'entretien de nos infrastructures, le Conseil Municipal continue à alimenter le FMAC lors du vote de chaque crédit d'investissement en raison de l'automaticité du versement qu'exige l'actuel règlement du FMAC (voir ici). Ce qui réduit mécaniquement l'enveloppe des investissements de plusieurs millions chaque année et qui voit donc la Ville de Genève renoncer tantôt à des rénovations de bâtiments scolaires, tantôt à l'entretien de bâtiments culturels ou sportifs ainsi que de son parc immobilier faute d'avoir suffisamment d'argent à disposition pour cela.

    Considérerant que cet état de fait devait être changé, j'ai rédigé et déposé au Conseil Municipal un projet de délibération que vous pouvez trouver ici et qui demande la fin de l'automaticité de l'attribution pour que le budget du FMAC fasse l'objet d'une ligne budgétaire qui serait votée chaque année par le Conseil Municipal. Outre le fait que cette automaticité amène le FMAC à disposer d'un budget des moyens plutôt qu'un budget des besoins, il n'est pas normal que son alimentation soit automatique alors que cette dernière devrait faire l'objet d'un débat politique, comme pour l'ensemble des autres fonds municipaux qui figurent au budget de fonctionnement de la Ville de Genève (Fonds chômage, Fonds général Théâtre, Fonds général cinéma, etc).

    Par ailleurs, dans son rapport d'audit numéro 19, du 11 juin 2009, que vous pouvez trouver ici, la Cour des Comptes a recommandé la fin de cette automaticité des attributions en arguant qu'il en résultait une comptabilisation et une information financière qui ne sont pas conformes aux normes comptables. Pour toutes ces raisons qui vont d'une meilleure transparence du financement du FMAC à une augmentation mécanique de l'enveloppe budgétaire à disposition pour les investissements chaque année, il est donc nécessaire d'ouvrir le débat sur cette question et de n'attribuer au FMAC que des fonds qui auront été régulièrement votés par le Conseil Municipal, soit par une dotation budgétaire figurant au budget annuel de fonctionnement.

    Il est donc grand temps de mettre fin à l'automaticité du prélèvement de 2% des crédits d'investissement à destination du FMAC. Car à considérer qu'il faut faire des économies en période de restriction budgétaire, je préfère économiser sur l'achat des œuvres d'art contemporain plutôt que sur l'entretien des bâtiments scolaires ou l'engagement de policiers municipaux. Ainsi, dans le même ordre d'idées, mais cette fois au niveau du canton, je peine à comprendre comment on peut, d'un côté, repousser la prolongation du tram 14 vers Bernex et de l'autre dépenser plusieurs centaines de milliers de francs pour des œuvres d'art contemporain à proximité de ladite ligne.

  • Annonces publicitaires municipales dans la presse locale : de la transparence svp !

    Lors de la législature 2007-2011, j'ai posé la question écrite 297 demandant des éclaircissements sur les choix effectués en matière de répartition des annonces publicitaires dans la presse locale. La réponse que j'ai obtenue le 28 mars 2012, trois ans et demi plus tard, et que vous trouverez ici, ne répond toujours pas à mes interrogations et m'a donc amené à reposer cette question.

    Car si le Conseil administratif a régulièrement recours à la publication de «pavés publicitaires» dans divers journaux de la place, que ce soit pour informer la population de prises de position, de futurs chantiers ou de manifestations culturelles, sociales ou sportives, ou encore pour des appels d'offres ou des offres d'emploi. Force est de constater que la transparence des choix n'est toujours pas de mise et que nous n'avons aucune explication convaincante sur les choix attribuant - ou non - des annonces publicitaires à la presse locale et régionale.

    Il existe donc toujours la désagréable impression que certains médias écrits sont favorisés par rapport à d'autres. Autrement dit, que certains organes de presse sont systématiquement «oubliés». Notamment suite à la parution d'articles ou d'informations ayant déplus à l'un ou l'autre magistrat actuel, voire à d'anciens magistrats ayant quitté leur fonction. Impression qui continue à être existante lorsqu'on voit la persistance de l'absence (quasi-)totale de publicité dans certains médias.

    De plus, et c'est sans doute là le plus paradoxal, les critères donnés par le Conseil Administratif pour justifier la parution desdites annonces amènent davantage de questions que de réponses vu que certains journaux, qui remplissent davantage ces conditions que d'autres, sont au final moins pourvus en annonces publicitaires. Et quand on voit que la Ville de Genève a dépensé pour près d'un million de francs d'annonces publicitaires en 2010, on est en droit d'attendre une réelle transparence sur leurs modalités d'attribution.

    Pour obtenir une véritable explication sur cela, j'ai donc reposé une question écrite afin d'obtenir les réponses suivantes :

    1. Sur la base de la réponse du Conseil Administratif à la QE-297, pourquoi certains journaux qui remplissent les critères, définis par le Conseil Administratif, d'adéquation thématique et géographique, ainsi que de lectorat, continuent à être écartés ou moins bien traités?

    2. Comment se passe la répartition des annonces de la Ville dans la presse externe à l'administration?

    3. Quel montant précis représente la parution de telles annonces dans les canaux médiatiques écrits genevois pour l'exercice budgétaire 2011?

    4. Quels journaux sont délibérément écartés par la Ville et pour quels motifs?