10/02/2014

Naxoo : Chronique d'un désaveu politique annoncé

En refusant hier à 53%, la vente de Naxoo à la société UPC Cablecom, la population a sanctionné de manière claire la gestion catastrophique de ce dossier par la conseillère administrative Sandrine Salerno. Car avant de dire non à la vente de Naxoo, la population a dit non à la manière dont ce dossier a été géré par une magistrate qui a fait preuve, je le répète, d'un amateurisme et d'un dilettantisme inquiétant à un tel niveau de responsabilité. Le tout couronné d'une perte sèche de 57.5 millions pour les caisses municipales, merci donc aux référendaires pour cette victoire à la Pyrrhus mais pas à la magistrate de tutelle qui leur a facilité la tâche.

La cause première du refus d'hier est ainsi la décision de Sandrine Salerno d'autoriser le transfert du fichier client de Naxoo à UPC Cablecom, ce qui a faussé l'ensemble du dossier en ne permettant pas aux différents acteurs de se prononcer sereinement. Le tout en refusant d'assumer ses actes vu qu'elle a déclaré dans la presse (TdG du 11 janvier 2014 - voir ici) que "la période est mal choisie et l'action maladroite", et ce n'est pas l'excuse de ce jour (TdG du 10 février 2014) qu'elle «ignorait qu'un référendum serait lancé lorsqu'elle a autorisé le transfert du fichier client en mars 2013» qui va justifier de tels errements dans la gestion de ce dossier. Car non seulement le parti Ensemble à Gauche avait annoncé dès avril 2012 qu'il lancerait un référendum sur le sujet, chose que Sandrine Salerno et ses services étaient apparemment les seuls à ignorer à Genève, mais aussi car à ce moment-là le Conseil Municipal ne s'était pas prononcé sur cette vente.

Par cette déclaration, Sandrine Salerno admet donc avoir violé le processus parlementaire en connaissance de cause et tente de plaider l'ignorance pour justifier celui du processus référendaire, tout cela montre une nouvelle fois que ce dossier a été géré de manière désastreuse et que le refus d'hier est avant tout un rejet des méthodes de la magistrate avant d'être celui de la vente de Naxoo. Comment peut-on ensuite expliquer à la population que les choses vont de l'avant alors même qu'elle doit se prononcer ? Comment peut-on violer ainsi l'essence même du processus référendaire qui veut que le dossier soit gelé ? Et surtout, comment peut-on faire une campagne aussi faible alors que tous les signaux étaient au rouge dans la presse et l'opinion publique ?

Avec un taux de vote blanc atteignant le record de 11.5%, la population a montré qu'elle estimait le référendum biaisé, et c'est exactement là que se trouve les raisons du refus de ce jour avec des gens qui ont voté non, ou blanc, avant tout pour manifester une mauvaise humeur bien compréhensible plutôt qu'une volonté de ne pas vendre.

La responsabilité politique de Sandrine Salerno dans ce dossier est ainsi totale, elle s'est enfermée une nouvelle fois dans un déni de la réalité via son refus constant de se remettre en question et d'assumer ses erreurs dans la gestion de ce dossier. Car la responsabilité de la négociation du contrat de vente, dont certains aspects ont été sciemment cachés au Conseil Municipal, et la nomination du président du Conseil d'Administration de Naxoo qui n'a pas non plus su protéger les intérêts de la Ville de Genève dans ce dossier, relèvent de sa responsabilité pleine et entière. Idem pour l'absence totale de contrôle politique dans les relations entre Naxoo et UPC Cablecom.

A présent, Mme Salerno se doit d'assumer (enfin) ses responsabilités dans ce dossier et de proposer au plus vite au Conseil Municipal des mesures permettant à la Ville de Genève de protéger ses intérêts dans la société Naxoo. Car en autorisant le transfert du fichier client sans attendre le vote populaire, Sandrine Salerno a transformé une défaite politique en une véritable débâcle qui pèsera lourd dans sa crédibilité future devant le Conseil Municipal.

Enfin, on ne peut que prendre note de la mort de l'Alternative municipale étant donné qu'on ne pourra pas sérieusement voir Rémy Pagani et Sandrine Salerno faire campagne sur une même liste l'année prochaine. Du moins s'ils veulent être crédibles quand à leurs positions respectives sur ce dossier.