04/11/2018

Conseil administratif : un devoir d'exemplarité

Lorsque vous ne rendez pas le détail de vos revenus dans les délais, la Gérance Immobilière Municipale (GIM) menace de vous résilier votre bail. Quand vous oubliez un détail dans un dossier de subvention, votre association voit sa demande rejetée. Pareil pour les fonctionnaires mis en retraite forcée dont certains ont eu pour seul crime de ne pas faire une demande de prolongation dans les délais. Les exemples qui voient le Conseil administratif être impitoyable avec le citoyen lambda ne manquent pas.

Ainsi, alors que l'audit de la Cour des comptes (voir ici) a ouvert une crise politique majeure en Ville de Genève, il est plus que problématique de constater à quel point les règles les plus élémentaires de la bonne gestion et de la transparence ont été violées par le Conseil administratif. A plus forte raison lorsqu'on apprend qu'il a tout fait pour empêcher la Cour des comptes de faire son travail.

A cet égard, il semble clair qu'il n'y en a pas un pour rattraper l'autre. Entre un magistrat en charge de l'aménagement (Rémy Pagani) qui prône la fin de la voiture au centre-ville mais se fait payer sa place de parking privée par le contribuable, une responsable des finances (Sandrine Salerno) qui n'a pas pris le temps de mettre à jour le règlement sur les notes de frais et omet de contrôler celles-ci ou encore un Guillaume Barazzone qui confond sa carte de crédit privée et professionnelle, force est de constater que c'est bel un bien un problème institutionnel auquel nous sommes confrontés.

En avril 2015, je proposais ainsi de baisser les salaires du Conseil administratif de 20% (voir ici et ) au motif que le montant total de leurs revenus (frais professionnels compris) étaient supérieurs à ceux du Conseil d’État. En dehors du PLR Ville de Genève, l'ensemble des partis politiques avaient refusé cette proposition avec, en prime, une intéressante déclaration de Sami Kanaan qui affirmait que : «le diminuer affaiblira aussi la fonction de conseiller administratif face aux lobbies privés». Faut-il lui rappeler que si une telle affaire avait eu lieu dans le secteur privé, c'est un licenciement pur et simple qui guetterait les cinq membres du Conseil administratif? On ne peut ainsi pas réclamer un salaire aligné sur le privé quand on refuse ensuite d'appliquer les règles éthiques de celui-ci.

En mars 2008, je demandais une forte restriction des voyages à l'étranger du Conseil administratif (voir ici) au motif que certains de ses membres abusaient du système et se rendaient dans des pays qui ne respectent pas les règles élémentaires de la démocratie et des droits de l'homme. Là-aussi, l'ensemble des partis politiques représentés au Conseil municipal avaient refusé cette demande. Est-ce à dire que la morale est à géométrie variable selon la couleur politique? Manifestement oui vu que certains ne trouvent rien à redire au récent voyage de Rémy Pagani au Nicaragua aux frais, là-encore, du contribuable.

Ai-je eu raison trop tôt dans ces deux cas? Il semble que oui au vu de l'actualité. Mais une chose est sûre, je ne changerais pas mon fusil d'épaule au gré de la situation et je continuerais à défendre les valeurs qui ont toujours été les miennes. Notamment en réclamant que la totalité des notes de frais des années précédentes soient rendus publics afin de faire toute la lumière sur cette pratique aussi délétère que scandaleuse.

Pour ma part, je souhaite rappeler que je ne suis pas responsable des erreurs des autres mais uniquement des miennes. Je ne dédouane ainsi personne dans cette triste affaire de frais professionnels mais, selon moi, il convient de faire la part des choses entre celui qui admet ses erreurs et ceux qui ne trouvent rien à redire à leurs tristes agissements. Car si on peut légitimement penser que celui qui se rend compte avoir fait faux ne recommencera pas, ce n'est pas le cas de ceux qui restent dans le déni de réalité en niant leurs errements.

En cas d'élection au Conseil administratif, je prends ainsi l'engagement d'être extrêmement rigoureux avec mes notes de frais et de ne jamais rien dépenser qui ne relève pas strictement de l'action publique. De rendre des comptes en tout temps à la population et, surtout, de ne jamais confondre mon porte-monnaie privé avec celui du contribuable.

Commentaires

La différence entre un homme ou une femme politique honnête et un trèfle à 4 feuilles ? Il existe des trèfles à 4 feuilles !

Écrit par : Justine Tittgout | 04/11/2018

Je pense qu'il y a des personnes honnêtes et compétentes, respectivement malhonnêtes et incompétentes, dans tous les partis. Je m’efforce autant que possible de faire partie de la première catégorie.

Écrit par : Simon Brandt | 04/11/2018

Je vous trouve bien optimiste ! Si nous examinons tous les partis nous constatons des abus d'alcool, de drogue (si,si), de pognon gaspillé, nous découvrons des élus, surtout de gauche, à la responsabilité des manifs qui détruisent les commerces, même 2 conseillers d'Etat (Beer et Hodgers) qui veulent donner des leçons mais protègent les casseurs-voleurs comme lors des manifs contre l'OMC et le G8 ! Ces tristes sires ne méritent aucun respect ! Ce sont des rats !

Écrit par : Octave Vairgebel | 04/11/2018

Parallèlement à ce gros problème d'honnêteté, nos politiques engagent leurs amis, leurs familles et leurs proches pour des postes importants alors qu'ils n'ont pas les compétences requises pour de tels postes, alors on licencie ceux et celles qui, compétents risquent de dénoncer ces cas de clientélisme! Et après on s'étonne que les administrations ne fonctionnent pas correctement!

Écrit par : Dominique Degoumois | 04/11/2018

"En avril 2015, je proposais ainsi de baisser les salaires du Conseil administratif de 20% (voir ici et là) au motif que le montant total de leurs revenus"


Tâchez de ne pas tout mélanger Simon, pour essayer de noyer le vrai problème: les vrais financiers de l'infrastructure que Genève met à disposition des organisations internationales, les exemptés fiscaux de ces mêmes organisations, qu'ils soient résidents à Genève, Vaud, ou en France, l'appropriation du foncier genevois par des capitaux étrangers, et l'engorgement des voies de communication cantonales et transfrontalières.

Le dossier de la FIPOI financé par les pays du Golfe est en train de refaire surface.

Écrit par : Chuck Jones | 04/11/2018

Je réponds volontiers à votre remarque mais je ne la comprends pas. Vous serait-il possible de préciser svp? Merci!

Écrit par : Simon Brandt | 04/11/2018

Je vous remercie d'avoir mis les liens vers les documents de la cour des comptes.

Il en ressort ce qui suit.

Le montant forfaitaire se monte à 13.200 Fr. (1200 téléphonie, 5000 voiture[?], 7000 représentation) + 6.500/an pour le maire. Mais cela ne comprend pas les "invitations": 10.000 Fr en plus à disposition par année. Et donc nous avons au total 23.200 Fr. de dépenses autorisées (+ 6.500 pour le maire au prorata du nombre de mois). Alors qui a dépasssé les forfaits alloués et votés par le CM?

Détail des dépassements:
GB: 15.232
SK: 3.715
RP: -3.283
EA: -5.298
SS: -12.103

Et encore je n'ai pas tenu compte du forfait autorisé per diem (qui devrait faire baisser quelque peu les dépassements).

Tous pourris? Certains moins que d'autres.

Comme quoi l'emballement sur ce sujet est lui-aussi malsain. Il appartient au CM par exemple de baisser ces forfaits et de se donner les moyens de contrôler les dépenses.

Je trouve bien plus scandaleux les dépassements sur les travaux publics où il s'agit de millions et pas de broutilles. Mais là personne ne proteste. Et tout le monde vote les millions supplémentaires.

Deux exemples: CEVA et boucle ferroviaire Cornavin-Cointrin (+4 milliards contre moins d'un milliard selon le projet).

Écrit par : Daniel | 04/11/2018

Bravo pour votre courageuse prise de position. On aimerait entendre davantage de PLR comme vous.

Écrit par : Jean-Philippe | 05/11/2018

Les magouilles, vols ou détournements d'argent du conseil administratif de la ville font passer Maudet pour un petit joueur !!

Écrit par : Yvan Descloux-Rouiller | 05/11/2018

@Daniel

J'ai bien peur que la responsabilité soit collective. Notamment lorsque je constate que la magistrate des finances n'a rien fait pour contrôler les notes de frais et n'a pas jugé bon de mettre à jour ledit règlement. Et j'aurais surtout apprécié une forme de mea culpa de l'ensemble du Conseil administratif.

Sur les dépassements de crédits pour les travaux, je ne peux qu'être d'accord avec vous.

Écrit par : Simon Brandt | 05/11/2018

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