26/05/2014

Finances publiques : la mauvaise performance de la Ville de Genève

Comme chaque année, l'IDHEAP (Institut des Hautes Études en Administration Publique) a publié le classement des villes les mieux gérées de Suisse, qui se fait cette fois sur la base des comptes 2012. Ledit classement consistant en une analyse de leur santé financière, en distribuant les bons et les mauvais points, donnant quitus ou non à la gestion desdites collectivités via une méthodologie commune. Le tout relayé par PME Magazine dans son édition de mai 2014 (voir ici l'article de PME Magazine et ici l'analyse détaillée de l'IDHEAP sur le sujet).

Pourtant, à l'inverse des années précédentes, aucune communication pompeuse de la Ville de Genève suite à ce classement, et une magistrate en charge des finances, en la personne de Sandrine Salerno, qui se fait pour le coup bien discrète. Alors même qu'elle nous avait habitué à se vanter chaque année de sa soi-disant excellente gestion financière dès que l'occasion lui en était donnée (voir par exemple ici la déclaration faite en 2012 sur son blog).

La raison en est toute simple, la Ville de Genève s'est effondrée au classement en passant de la seconde à la quatorzième place, le tout avec une note qui passe de 5.58 à 3.80 sur 6. Exit donc l'image faussée de bonne gestion financière de la commune et bienvenue dans la réalité avec une municipalité dispendieuse qui voit la majorité de gauche, du Conseil Administratif, préférer le clientélisme des dépenses inutiles plutôt que le développement durable qui voudrait que l'on cesse de vivre à crédit sur les générations futures. PME magazine souligne ainsi que, depuis 2011, la Ville de Genève a dépensé 4 francs supplémentaires chaque fois qu'elle en payait 100.

De plus, sur les huit indicateurs qui composent la note de l'IDEHAP, deux ne doivent pas être pris au pied de la lettre pour mesurer la santé financière de la Ville de Genève. En effet, ce classement note le degré d'exactitude de la prévision fiscale et la maîtrise des charges alors même que, dans le cas d'une commune genevoise, la municipalité a une marge de manœuvre extrêmement faible sur le sujet. Car non seulement, dans un premier cas, la loi sur l'administration des communes (LAC) interdit pour une commune d'avoir un déficit (il est donc normal que la Ville soit bien notée vu qu'elle ne fait que respecter la loi) mais elle ne fait que copier-coller les prévisions fiscales du canton dans le second, ce problème d'indicateurs pour la Ville est ainsi confirmé ici, à la page 152, par l'IDHEAP.

La notation de la Ville devrait donc être encore plus faible étant donné que les deux indicateurs susnommés ne dépendent pas directement de cette dernière, mais bien du canton de Genève.

Car faute de faire les choix nécessaires, la Ville de Genève vit à crédit sur ses dépenses d'investissement et continue, chaque année, à charger la barque des dépenses de fonctionnement. Une hausse des recettes fiscales sera ainsi systématiquement accompagnée d'une hausse des dépenses, il serait en effet absurde (dans la logique de l'Alternative) de ne pas dépenser jusqu'au dernier franc l'argent que l'on a à disposition. On poussera même le vice à dire que l'on n'aime pas le monde de la finance, des multinationales et de tout ce qui rapporte de l'argent ; mais on sera par contre bien content que ces mêmes sociétés contribuent au budget municipal via l'imposition.

Alors que chaque fois que sa gestion financière était bien notée, la magistrate Sandrine Salerno communiquait à corps et à cri pour montrer qu'elle gérait bien les finances publiques, on aimerait bien l'entendre, avec la même célérité, pour expliquer la mauvaise note que la municipalité reçoit cette année. Voire même, qu'elle en retienne une leçon en vue du budget 2015 pour proposer un budget qui verrait des investissements davantage autofinancés et des dépenses de fonctionnement maîtrisées.

20/05/2014

Scrutin du 19 mai 2014 : Une organisation à revoir !

Depuis quelques années, j'ai le plaisir d'exercer la fonction de vice-président du local de vote de Florissant-Malagnou (21-07), cette activité est passionnante et le processus qui régit le scrutin est, d'habitude, réglé comme du papier à musique par le Service des Votations et Élections (SVE).

Je dis d'habitude car la votation du 19 mai 2014 a été entachée d'un gros couac que je me propose de relater ici et dont la Tribune de Genève s'est également fait l'écho dans son édition du jour.

Ainsi, suite à une modification de la loi sur l'exercice des droits politiques, plus précisément son article 49, entrée en vigueur le 1er mai 2014 et que vous pouvez trouver ici, le transport des urnes peut dorénavant être confié à une entreprise privée. Cette modification, qui est selon moi bienvenue, permet de décharger la police cantonale qui effectuait cette mission jusqu'à maintenant et c'est donc la société Protectas qui s'est vue confier le mandat par la Chancellerie d’État pour ce scrutin.

Si le but de cette sous-traitance est bienvenu (recentrer la police sur son activité de base qu'est la sécurité de la population), cette dernière ne doit pas se faire au détriment de l'efficacité du processus de vote comme cela a été le cas lors du scrutin du 19 mai 2014 avec une collecte des urnes qui n'a pas été à la hauteur. Chose que reconnaît le SVE dans un courrier envoyé ce jour, à l'ensemble des responsables des locaux de vote du canton, et qui montre que le sous-traitant n'a manifestement pas pris au sérieux l'exercice de son mandat, à moins que le contrat de prestation n'ait pas prévu un nombre suffisant de véhicules et de personnel, ce que je ne peux pas m'imaginer.

Dans le cas du local de Florissant-Malagnou, nous avons passé environ 45 minutes à dépouiller les 177 électeurs qui s'étaient déplacés pour voter mais attendu pendant presque 4 heures que l'on vienne prendre en charge les urnes, cela malgré des appels répétés à la centrale de Protectas qui vous assure à chaque fois qu'une voiture va arriver dans quelques minutes, puis de brancher le répondeur téléphonique face aux nombreux appels qu'elle recevait. Situation identique au local de vote de Champel (21-17), ainsi que dans une bonne partie des locaux de vote du canton, ce qui a non seulement retardé la vérification centralisée à Unimail mais aussi bloqué les responsables des locaux de vote une journée entière, lesquels n'avaient pour seule solution que d'attendre dans le préau de l'école ou dans le voisinage immédiat du local de vote. En effet, non seulement les bâtiments scolaires sont fermés à la fin du dépouillement mais en plus, il n'est pas autorisé d'aller attendre à son domicile, alors même que les responsables vivent souvent à proximité dudit local.

Qu'une société privée convoie les urnes de vote, qui ont été scellées par les responsables des locaux empêchant ainsi toute fraude lors du transport, n'est pas un problème en soi. Le problème est que la sous-traitance s'est faite ici au détriment de l'efficacité, voire même de la sécurité du processus électoral, pour les raisons vues ci-dessus. Le Service des Votations et Élections (SVE) doit ainsi prendre les mesures qui s'imposent pour s'assurer qu'une telle gabegie ne se reproduise pas, et surtout que l'attente pour le transport des urnes retrouve un délai raisonnable, soit une demi-heure entre la demande et la prise en charge effective de l'urne de vote. Car il n'est pas normal de passer davantage de temps à attendre la prise en charge qu'on en a mis à dépouiller les bulletins de vote.

A défaut de changer le prestataire du service de transport des urnes qui a bien mal inauguré son mandat, une solution serait peut-être d'autoriser les responsables des locaux de vote d'apporter eux-mêmes les urnes à Unimail ou à l'Hôtel-de-Ville. Chose que le SVE n'a pas permis ce dimanche malgré 4 heures d'attente dans le vide quand une demi-heure aurait suffi à venir en personne, voire de leur permettre de rentrer chez eux et qu'on vienne ensuite à leur domicile chercher l'urne.

Espérons donc que les leçons de ce fiasco seront tirées pour le prochain scrutin, chose qui paraît bien partie vu que la Chancellerie d’État, et le SVE qui en dépend, se sont engagés ce jour à le faire. Enfin, si on pouvait aussi réfléchir à revenir sur l'impossibilité récente de convoquer des jurés électoraux en deux parties (une pour la surveillance du scrutin et une pour le dépouillement), ainsi que sur la fin de la possibilité de voter dans un local qui n'est pas le sien dans le dernier quart d'heure du scrutin, cela ne pourrait que faciliter encore le processus de vote dans les locaux.