24/06/2013

Naxoo : Le non-choix qui s'offre au Conseil Municipal

Bien que je sois partisan de la vente de Naxoo, il y a tout de même certains aspects qui me chiffonnent quelque peu, sur la manière dont le dossier a été traité, et qui montrent les limites du débat politique que nous allons entamer ce soir. Etant donné que quoi qu'il arrive, des décisions irrémediables sur l'avenir de Naxoo ont déjà été prises et que tout le débat autour n'y changera rien.

En effet, quelles que soit les décisions politiques et populaires sur le sujet, la société Naxoo finira par être absorbée par UPC Cablecom. Le tout étant de savoir si on préfère que ce soit en payant 57.5 millions de francs assortis de certaines garanties (imparfaites) pour l'emploi ou si l'on préfère que ce soit gratuitement avec une société qui sera entretemps allée dans le mur faute de clients.

Il serait cependant malséant de faire trop de reproches à l'actuel Conseil Administratif, et aux magistrats en charge de ce dossier depuis 2007, étant donné qu'ils ne sont pas responsables de la convention d'actionnaires qui nous pose tant de problèmes aujourd'hui . En effet, celle-ci donne non seulement à l'actionnaire minoritaire qu'est UPC Cablecom un droit de veto sur l'ensemble des décisions d'importance de la société tout en ne donnant aucun moyen à la Ville de se retourner contre les aspects non-tenus dans celle-ci. Les magistrats qui ont négocié cette convention à l'époque (2006) sont donc les vrais responsables de la situation que l'ont vit aujourd'hui et devraient avoir des comptes à rendre dans cette affaire.

Je suis cependant persuadé qu'on aurait pu aller plus vite dans la gestion de ce dossier, vu qu'entre la décision de vente du Conseil Administratif de mai 2012 et le vote au Conseil Municipal, il se sera écoulé une année. Chose qu'on nous a justifiée par une nécessité de reprendre à zéro le dossier (suite au changement de magistrat en charge de celui-ci) et de consulter les syndicats.

Or, à quoi aura servi cette année ? A demander un avis de droit qui nous aura confirmé ce que nous savions déjà (soit que la convention est mauvaise mais difficilement dénonçable) et à commander un audit externe de la société qui nous aura confirmé que le prix pour Naxoo, à 57.5 millions, est bon.

Tout cela ne serait pas grave si cela n'avait pas coûté près de 80'000 francs à la Ville de Genève en frais de mandat externe, on pourrait même considérer cela comme un épiphénomène si on n'avait pas entretemps licencié une dizaine de personnes chez Naxoo suite à la reprise par UPC Cablecom de la clientèle de SEM (Société d’Économies Mixtes) de communes suburbaines (preuve que le maintien de Naxoo en mains publiques ne résoudra rien).

Tout cela ne serait même que détail si la nouvelle négociation entre UPC Cablecom et la Ville de Genève n'avait pas amené des clauses contractuelles aussi scandaleuses qu'iniques de prime abord, soit la validation de la migration du fichier des clients "triple-play" de Naxoo vers UPC Cablecom quelle que soit la décision du Conseil Municipal et de la population sur la vente, ainsi qu'une clause de dédit pour UPC Cablecom qui pourrait renoncer à sa promesse d'achat si la clientèle de Naxoo baissait de 4% entre la promesse de vente et la ratification finale par le Conseil Municipal ou le peuple via référendum. Et le paradoxe est que ce sont sans doute ces clauses qui ont permis d'obtenir un prix de vente acceptable ainsi que des garanties pour l'emploi qui ne seraient autrement pas présentes mais qui, surtout, auraient pu être encore meilleures si on avait vendu à l'époque.

Tout cela nous aurions pu (partiellement) l'éviter, tout d'abord en ne perdant pas autant de temps sur ce dossier, avec les conséquences qui en découlent, mais surtout en ne laissant pas le Conseil Administratif avancer seul sur ce dossier durant toute cette année. Et les représentants des partis politiques qui ont refusé, à trois reprises en commission des finances, ma proposition de remettre ce dossier à l'ordre du jour portent aussi une forme de responsabilité sur la situation que l'on vit aujourd'hui, faute d'avoir voulu s'intéresser réellement à ce dossier d'importance.

Il est ainsi facile de venir dire maintenant qu'on est opposé à la vente et que les conditions de celle-ci sont scandaleuses quand on a refusé en commission des finances de faire venir la magistrate en charge du dossier s'expliquer dessus plus tôt, il est facile de venir critiquer la mise devant le fait accompli quand on n'a pas voulu faire revenir ce dossier plus vite en commission des finances.

J'avais alors prévenu qu'il y aurait des conséquences malheureuses sur ce dossier que de le laisser traîner ainsi, on voit le résultat. Il ne nous reste plus maintenant qu'à sauver ce qui peut encore l'être.

Et à constater les dégâts.

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