20/06/2013

Naxoo : les raisons d'une vente devenue inéluctable !

Alors qu'on entend déjà des arguments mensongers et fallacieux sur le dossier Naxoo, et que cela ne va aller qu'en s’accentuant avec le débat parlementaire puis la campagne référendaire, il est nécessaire de rétablir quelques vérités et d'expliquer la position du PLR sur ce dossier.

A ceux qui affirment que cette vente est un bradage du service public ; il convient tout d'abord de rappeler que la mise de départ de la Ville qui fut à l'origine de la création de cette société, par l'intermédiaire de Guy-Olivier Segond dans les années 80, n'était que de 2.5 millions de francs. Et comme la vente se fera pour un montant de 57.5 millions, on peut déjà voir là un bénéfice net pour la collectivité publique. De plus, si la vente permet de réaliser une plus value financière, elle a aussi pour but de permettre à l'entreprise un développement qui lui permette de sauvegarder l'emploi, chose qui n'est de loin pas acquise en cas de maintien dans le giron municipal.

A cet égard, on peut aussi relever que l'exercice 2012 de Naxoo n'a été bénéficiaire qu'en raison de la baisse massive du niveau d'investissements de la société, lequel a diminué de moitié de 2011 à 2012. Le bénéfice de la société n'est donc que de façade sur le dernier exercice car uniquement dû à la baisse des investissements, le tout avec une concurrence acharnée sur le marché des télécommunications qui fait que Naxoo n'a plus la rente de situation qu'elle a longtemps possédée (même si une bonne partie de sa clientèle est captive en raison du paiement du télé-réseau trop souvent inclus dans les charges du loyer).

Ainsi, le seul moyen pour Naxoo de sauvegarder ses parts de marché et ses emplois est de continuer à améliorer son offre, ce qui ne peut se faire qu'à l'aide d'investissements massifs qui permettront de continuer à étendre l'offre de chaînes de TV, Naxoo n'a ainsi pu mettre en place le triple-play (fourniture simultanée de la télévision, du téléphone et d'internet) que parce qu'UPC Cablecom a accepté de fournir cette prestation (payante) à Naxoo, qui doit donc payer un montant forfaitaire non-négligeable pour que ses abonnés puissent y avoir accès. C'est donc déjà UPC Cablecom qui fournit, indirectement, l'accès internet aux abonnés Naxoo...

Si Naxoo voulait fournir elle-même le triple play (et dans le futur le quadruple play qui consiste en l'adjonction de la téléphonie mobile), ainsi qu'une offre de chaînes attractives, cela passerait par l'injection massive d'argent public à l'heure où l'on peine déjà à maintenir les prestations essentielles de l’État, et à moins d'estimer que la diffusion des anges de la téléréalité sur NRJ 12 ou des Simpson sur W9 est une mission de service public, on peut aussi se dire que l’État a d'autres priorités.

L'autre aspect qu'est le maintien des emplois n'est (malheureusement) pas davantage crédible pour justifier le maintien de Naxoo en mains publiques, le câblo-opérateur ayant déjà procédé à 10 licenciements entre septembre 2012 et mai 2013, alors même qu'il était à 51% en mains publiques, chose qu'on aurait pu éviter (ou limiter) si on avait vendu plus vite étant donné que le maintien du nombre d'emplois dépendra, avant tout, de la capacité de la société à conserver ses parts de marché à Genève, chose qui n'est de loin pas assurée si la vente ne se fait pas.

Il est aussi curieux de constater qu'une bonne partie de ceux qui affirment maintenant que les travaux de la commission des finances ont été bâclés font partie de ceux qui ont refusé ma proposition de remettre plus tôt ce sujet à l'ordre du jour, soit lors de séances ayant eu lieu au mois de novembre 2012, ainsi qu'en mars et avril 2013, on aurait pu ainsi éviter une expectative de près d'une année et les conséquences malheureuses qui vont avec.

Rappelons enfin que les Services Industriels Genevois (SIG) exploitent un réseau ultra-moderne de fibre optique qu'ils louent aux divers opérateurs de télévision par IP comme l'est, par exemple, Swisscom TV...entreprise en mains de la Confédération ! Preuve une fois de plus que non seulement le service public n'est pas menacé mais qu'il convient de mettre fin à une situation paradoxale qui voit la Ville de Genève faire (in)directement concurrence au Canton et à la Confédération !

Vous pouvez lire ici les rapports de commissions (majorité et minorité) sur le sujet.

Commentaires

Cher Monsieur Brandt,
Votre blog me rappelle une phrase de Clémenceau: "Rien n'est plus dangereux que la certitude de l'imbécile qui se trompe". Vous vous trompez Monsieur. Mais je ne vous considère pas comme un imbécile, bien au contraire. Vous faites partie de ces municipaux qui ont été trompés par une désinformation et une incompétence systématique de certains membres du conseil d'administration de naxoo. Tout d'abord, naxoo offre le triple play depuis 2007. Vous confondez avec le triple pay, qui consiste à faire une seule facture pour les trois prestations. Naxoo est prêt à établir ce genre de facture, mais le projet élaboré à l'interne a été bloqué par un membre interne haut placé. Il vous a été caché. De plus, naxoo offre l'internet non contre paiement à Cablecom, mais au contraire, contre une rétrocession des revenus générés par cette prestation. J'ai lu les deux rapports de commission et je salue l'excellent travail effectué autant par Monsieur Carasso que Monsieur Sormani. Les membres de la commission des finances ont réussi à s'informer intelligemment....
La question de savoir si le câble est une question de service public est en effet discutable s'il ne s'agit que de télévision. Mais le réseau câblé est propriété de la Ville de Genève, fait partie de son patrimoine. On peut y faire passer des signaux de télévision, internet et téléphone, mais on peut également l'utiliser pour la télésurveillance, pour interconnecter des centres d'excellence comme l'université, les HUG, l'EPFL et le nouveau centre Bertarelli ex-Merck Serono par exemple.
Vous parlez de perte de parts de marché. Passant d'une situation de monopole à une saine situation de concurrence comme naxoo, Swisscom a également perdu des parts de marché face à Sunrise, Orange etc...Aucun politicien n'a proposé de vendre Swisscom!!!
Cablecom est sans aucun doute une excellente société et Genève profitera des mêmes prestations qu'aujourd'hui en cas de vente. Mais le câble ne sera plus à nous et les décisions stratégiques seront désormais prises à Denver/Colorado. Or, Liberty Global, propriétaire d'UPC Cablecom est une société d'investissement et on connaît la versatilité de ce type de société..
J'attire encore votre attention sur le fait que le réseau naxoo est dit hybride: il est coaxial et optique. Beaucoup plus puissant à la prise du client que tout ce que vous prétendez savoir sur le réseau Swisscom. Surprenant, mais habilement caché au public par des personnes intéressées à vendre à tout prix.
A tout prix signifie ici à n'importe quel prix. 20 millions de moins par rapport à la valeur effective de la société. L'innocence et la naïveté des négociateurs représentant la Ville aux négociations de vente les ont fait tomber dans le panneau tendu par les américains: si entre la date de signature du contrat et le closing effectif la part de marché devait tomber de 4%, Cablecom serait autorisé à revoir le prix à la baisse. Or, dans le domaine de la télévision numérique, Cablecom rachète ou a racheté les réseaux de Lancy, de Carouge, de Meyrin, et d'autres. Donc la part de marché est planifiée et annoncée. Et il ne restera à la Ville que les yeux pour pleurer. Et Cablecom à sabrer le champagne pour le bon coup qu'ils auront fait aux spécialistes des Genfereien!!!
A l'invitation de Syndicom, je participerai -au moins partiellement- au cortège des collaborateurs qui partira vers 1600 du Quai du Seujet pour se rendre en vieille ville. Ces collaborateurs/trices de naxoo m'ont énormément apporté en tant que directeur général de cette société et c'est à eux, à eux seuls, que l'on doit le succès de cette entreprise. Il est normal que je leur rende hommage et sois à côté d'eux dans ces circonstances difficiles pour eux. Je ne suis pas un déserteur en amitié ni en management.
Pas sûr que ce cortège soit un convoi funèbre...
Antoni Mayer
Ancien directeur général de naxoo

Écrit par : ANTONI MAYER | 22/06/2013

Bonjour,

Sur un autre blog ici (http://babelweb.blog.tdg.ch/archive/2013/06/07/naxoo-est-a-nous.html), voici un historique:

"En septembre 2006, le Conseiller administratif Manuel Tornare présentait au Conseil municipal l’accord qui lie encore aujourd’hui la Ville de Genève et l’entreprise Cablecom en ces termes : « maintien absolu de la majorité de la Ville dans le capital de Naxoo… accès aux services « triple play » (téléphone, TV et Internet) pour 90% des abonnés réalisé par Cablecom dans un délai maximum de 18 mois… pénalités de plus d’un million en cas de retard des travaux… » Sept ans plus tard, le triple play n’est toujours pas installé et aucune pénalité n’a été infligée à Cablecom alors qu’il n’a pas rempli ses obligations ! Ce manquement serait à lui seul une raison suffisante pour casser le contrat Ville – Cablecom."

Est-ce que vous contestez ces faits ?

Vous vous défendez de brader ce service public en vous cachant derrière votre petit doigt et en sortant des arguments financiers (2.5mio - 57.5mio = bénéfices immédiats), mais c'est pourtant bien de cela qu'il s'agit (la valeur d'une entreprise ne se calculant pas sur la base des investissements faits mais à partir des gains futurs réalisables). Lausanne dispose de son propre téléréseau public performant, c'est donc que c'est possible avec de la volonté politique. Volonté que vous n'avez pas, mais, plus étonnant, que le PS et les Verts n'ont pas non plus.

Écrit par : Fufus | 23/06/2013

Bonjour,

Par rapport à l'extrait du blog de Pierre Gauthier, je partage les propos sur les promesses non-tenues mais je serais beaucoup moins affirmatif sur les possibilités de dénonciation de l'accord car nous avons reçu une analyse juridique interne à la Ville, ainsi qu'un avis de droit externe, pour nous dire que ce ne serait pas possible en tant que tel.

Le problème est que si nous entamons une procédure juridique, qui prendra des années, contre l'actionnaire minoritaire qu'est UPC Cablecom nous allons dans le même temps bloquer tout développement de la société...ce qui lui serait fatal ainsi qu'aux emplois qui vont avec.

Je ne vous dis donc pas que je suis heureux de vendre cette société ainsi, encore moins que je trouve la proposition qui nous est faite parfaite (sachant que certains points qui s'y trouvent sont proprement scandaleux), j'estime simplement que nous sommes dans une situation ou notre marge de manœuvre est limitée et que nous ne pouvons plus que limiter la casse.

Que l'on vote oui ou non au niveau du Conseil Municipal, le Conseil Administratif a de toute façon validé la migration du fichier-client de Naxoo à UPC-Cablecom d'ici le mois de novembre 2013, ceci fait qu'en cas de refus on se retrouvera avec une coquille vide vu que le fichier client aura été transmis, soit une forme de liquidation déguisée de Naxoo.

Ainsi, même si je trouve totalement anormal que le Conseil Administratif ait accepté de procéder ainsi, j'estime qu'un refus ferait plus de mal que de bien à la collectivité publique et aux employés de Naxoo. Je voudrais bien trouver une autre solution (et j'ai cherché) mais il n'y en a pas, surtout quand on sait que l'attente d'une année entre juin 2012 et juin 2013 a déjà coûté une dizaine d'emplois ainsi que l'adjonction de la clause de migration du fichier client.

J'ai cependant la conscience tranquille sur ce dossier car j'ai réclamé à trois reprises en commission des finances que l'on remette ce dossier à l'ordre du jour, sans succès et avec la quasi-totalité de la commission qui disait qu'il n'y avait aucune urgence à le faire, j'avais alors prévenu qu'il y aurait des conséquences malheureuses sur ce dossier que de le laisser traîner ainsi, on voit le résultat. Il ne nous reste plus maintenant qu'à sauver ce qui peut encore l'être.

Écrit par : Simon Brandt | 23/06/2013

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